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Pierre Xolin vit le rêve Américain

Pierre Xolin, (NDLR : également connu sous le nom de Sergueï Xolinov), vit (et seuille) depuis septembre dernier outre-Atlantique, à Flagstaff dans l’Arizona. Athlète bien connu du Tempo Run Club, originaire de Lorraine et passé par le Haute Bretagne Athlétisme avec lequel il a brillé sur les terrains de cross ainsi que sur 3000m steeple la saison dernière, le beau blond nous a reçus le temps d’une interview dans son centre d’entraînement ultra moderne des montagnes de l’ouest américain. Un plaisant sourire toujours accroché aux lèvres, l’international français s’est montré comme à son habitude affable alors qu’il se faisait masser entre ses entraînements bi-quotidiens. Dans une salle de musculation dernier cri avec du JUL en fond sonore, “un hommage à mon ami du TRC Charles Perrault”, le franco-russe nous a longuement parlé de sa nouvelle vie, entre seuils le long de la route 66 et trails dans les canyons du Far West. Récit.
Tempo Run Club : Pierre, pourquoi toi, exilé lorrain sur les terres du seuil breton as-tu décidé de partir aux Etats-Unis ?
Pierre Xolin : Il y a plusieurs réponses à cette question… Officiellement, je réalise ma 3ème année de mon cursus IEP (Sciences Po Rennes), ce qui signifie qu’un départ à l’étranger était obligatoire afin de la valider. Mais il y a aussi et surtout de tout autres motifs, beaucoup plus officieux, qu’il convient de ne pas divulguer outre-mesure. La raison première est que, depuis l’obtention de la nationalité russe, mon employeur (le FSB, service fédéral de sécurité de la fédération de Russie) m’a chargé d’aller observer sur le terrain les méthodes d’entraînement américaines. En effet, la fédération russe que je représente est actuellement suspendue de toute compétition internationale pour avoir perpétué les bonnes vieilles recettes de l’époque URSS (rires). Mais le réel problème n’est pas tant la suspension que la réussite outrageante de l’”ennemi” américain lors des derniers mondiaux. Des athlètes tels que Emma Coburn ou Evan Jagger ont ainsi contesté la suprématie kenyane. Ma mission est donc d’analyser de près les raisons de ces succès et de ramener les informations à la Mère Patrie qui n’attend que cela pour trouver la digne héritière de Jarmila Kratochvílová. Je suis le camarade Xolinov.

Pierre, ici sous l’identité de Sergueï, dans les collines de l’Oural.
Enfin, l’ultime raison, celle qui me tient à coeur, est tout simplement l’amour du seuil. Je n’ai pas peur de le dire, j’aime le seuil. Quand l’occasion de poser mes runnings à Flagstaff s’est présentée, j’ai giclé pour la saisir. Qui ne rêverait pas de venir seuiller à 2100m d’altitude pendant un an ?
TRC : Peux-tu nous parler de Flagstaff, est-ce une terre de seuil ?
PX : J’ai un peu anticipé cette question, vous aurez donc compris que OUI, Flagstaff est le « holy grail » des seuillards. D’ailleurs, le récent 5ème de l’UTMB (NDLR : Ultra Trail du Mont Blanc), l’américain Jim Walmsley y réside. D’autres champions ont pris l’habitude de venir y passer quelques semaines en stage : Mo Farah bien entendu, mais également les frères Hingebrigsten ou encore le regretté David Torrence. En plus de l’altitude, Flagstaff comporte des centaines de kilomètres de chemins, ce qui est un régal pour les amoureux du seuil. L’altitude dont je vous ai déjà parlé est un réel plus : imaginez un peu la quantité de globules que j’emmagasine ! C’est autre chose que les deux semaines à Font-Romeu de mon ami Maël Sicot ! Mon sang va valoir de l’or à mon retour, je ne citerai pas de noms mais je sais que certains sont intéressés pour des perfusions, d’autant plus que je suis donneur universel (NDLR : O-)… Je plaisante bien entendu ! Je suis A+ ! (rires)

« Si je ne fais pas moins de 8″22, je saute ! Je déconne pas ! »
TRC : Comment fonctionne la NCAA, quels sont les athlètes que tu côtoies ?
PX : Aux Etats-Unis, le fonctionnement est assez original. C’est très différent de ce qui se fait en France. Tant que les athlètes sont à l’université, il n’y a pas cette logique de club : l’athlète représente son université. Et ce système est extrêmement développé car les universités proposent bien souvent des structures d’entraînement de grande qualité pour leurs étudiants ainsi que des bourses pour attirer les talents d’un peu partout dans le monde. Vous avez vu cette salle de musculation par exemple : on dispose des meilleurs outils ! Le système son Dolby Digital HD ultra surround dont elle est équipée permet de saisir chaque note de la symphonie qu’est “On m’appelle l’ovni”. Ca donne envie de pousser de la fonte !
Concernant mon université, Northern Arizona, elle est en première division NCAA et est championne nationale de cross-country en titre ! L’équipe fait donc des déplacements un peu partout dans le pays pour ses compétitions et elle est à chaque fois très bien placée. Pour donner une idée, 6 coureurs ont un chrono de 29’20 ou moins sur 10 000m (le meilleur est en 28’48). Ces personnes ont depuis longtemps quitté la famille des seuillards… Ou sont des gicleurs du seuil… Enfin à ce niveau je ne sais plus très bien. Je regarde et j’apprends.

« Il est par où le bar Pierre ? »
TRC : Quels sont tes objectifs pour cette saison, toi qui avais déjà été très plaisant sur les pistes et cross l’année dernière ?
PX : Pour ma part, ce sera une année particulière car je n’aurai que peu d’occasions de courir en compétition. Ceci étant, je compte bien profiter du cadre qui m’est offert pour progresser. Après un premier mois difficile niveau sensations, du fait de l’altitude notamment, je commence à me sentir mieux, ce qui me permet de seuiller à souhait. J’espère que les kilomètres accumulés ici (NDLR : au bas mot 80 par semaine, avec des sorties régulières de 20km) me serviront pour améliorer mes records en France ! Yakoub si tu lis ces lignes, prends garde à toi ! Ca vaut aussi pour toi Mahieddine ! (rires)

La conquête de l’Ouest
TRC : Penses-tu exporter le concept du TRC aux États-Unis ? Ne vivrais tu pas le rêve américain ?
PX : Bien évidemment, j’arbore avec fierté la casquette TRC aussi bien sur la piste qu’à l’université. Plusieurs personnes m’ont d’ailleurs demandé de leur traduire l’expression « sortez les babines« , ce à quoi j’ai tant bien que mal répondu : « get your lips out !« . Ce qui m’a d’ailleurs valu parfois quelques déboires avec la gente féminine qui semblait avoir mal saisi mon propos… (NDLR : il se masse la joue, visiblement endolorie)
J’adorerais en effet que ce produit phare du TRC fasse parler de lui ici. Peut-être que des membres du TRC viendront me prêter main forte l’année prochaine pour cela… Tous les seuillards qui souhaiteraient venir en stage à Flagstaff sont les bienvenus ici ! Si je vis le rêve américain ? Sûrement oui, mais je pense que je l’ai surtout vécu cet été lorsque j’ai rencontré Emma Coburn 📷

Madame Xolin
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