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« Pas plus vite » ou la mise en garde face au syndrome du « surrégime de la rentrée »

Nous sommes début septembre, et, comme tous les ans, ces derniers jours vous avez entendu parler de la rentrée à toutes les sauces. A la TV, à la radio, dans la presse, au bureau, dans les magasins ou sur les panneaux publicitaires… Il n’y a que ça. Marronnier de la fin de l’été, la « rentrée » (NDLR : à prononcer RANTRÉ) qu’elle soit scolaire ou professionnelle rime souvent avec angoisse. Fin des vacances, reprise du « taf », la fête est finie et ça pue. 

Pour compenser cette morosité ambiante qui sent fort les fournitures scolaires et les lundi matin à la machine à café, certains d’entre vous ont trouvé la parade : noyer leur chagrin dans le seuil. Et on est extrêmement bien placé pour les comprendre. Quoi de mieux en effet pour donner du sens à son réveil matinal que de se dire qu’au moins vous allez tout casser cette saison en course à pied ? Après de trop longues semaines de coupure et de cocktails sirotés à outrance, vous aviez des fourmis dans les jambes et commenciez à culpabiliser. « Ce n’est pas comme ça que je vais atteindre mes objectifs nom de Dieu ! » vous êtes vous alors dit en écoutant « La vie s’est musclée, abdos dips pompes barres » de Soprano. Ni une ni deux vous êtes allé sur le premier site de running où il y avait une promotion et avez commandé une paire de Pegasus (Nike merci de noter ce placement de produit gratuit) FULL WHITE pour faire comme Fabien Prigent. Dès réception vous les avez chaussées et êtes parti courir comme un dératé pour un long footing où vous êtes allé bien trop vite. « J’étais bien alors bon… J’ai juste allongé la foulée 🤷‍♂️ » avez-vous dit. Menteur. 

Au bout de cinq minutes de course vous pensiez déjà à votre première compétition. Au bout de dix vous commenciez à rêver d’un podium à une course quelconque. Puis à battre votre record sur le premier meeting. Puis à vous rêver dernier relayeur de votre club au 400m des interclubs. Au bout de 45 minutes vous en étiez à vous imaginer aux JO de Paris 2024, sélectionné après que votre talent se soit miraculeusement éveillé cette saison. 

Vous vous êtes dit que cette année vous redoubleriez d’efforts, et c’est tout à votre honneur. Mais vous avez aussi grillé les étapes et ça, vous n’en êtes qu’à moitié conscient. C’est grave. Dites-vous bien qu’il n’est pas normal qu’à chaque footing vous éprouviez le besoin de « mettre une pile » à vos partenaires ou que vous deveniez sourd à chaque fois que l’un d’eux vous met en garde sur le fait « d’être en forme trop tôt ». Il n’est pas non plus normal que vous finissiez chacune de vos sorties la bave aux lèvres avec une cinquantaine de mètres d’avance sur vos partenaires. Surtout sur ceux dont vous savez pertinemment qu’ils ont un niveau supérieur au vôtre. De plus, si vous avez participé à cette course de début d’année qu’est Odyssea (NDLR : une course pour soutenir la lutte contre le cancer du sein), il n’est pas normal ni décent que vous ayez poussé tout le monde pour être devant sur la ligne de départ dans une course caritative sans classement. Ni que vous ayez fini éreinté en lappant votre montre comme un forcené, tout en pensant à vous inscrire à une autre course sur route le weekend suivant.

Si vous vous reconnaissez dans ces quelques lignes et avez utilisé récemment l’emoji 🤷‍♂️ pour décrire une de vos sorties sur Strava, alors inquiétez vous. Vous êtes victime de ce que l’on appelle, « syndrome du surrégime de la rentrée ». Nous allons décrypter ensemble ce phénomène, pour mieux l’identifier et le combattre. « Pas plus vite » sera notre mot d’ordre. 

  • Pourquoi faites vous ça ?

Par peur. Notre analyse montre que c’est principalement pour vous rassurer. Vous manquez de confiance en vous, en vos capacités et complexez devant le niveau supérieur que peuvent avoir certains de vos camarades d’entraînement. Vous vous dites qu’en étant à bloc si tôt et en faisant mine de rien, tout en l’affichant ostensiblement sur Strava ou Instagram pour influencer-tu-le-sais, vous allez impressionner vos congénères. Que nenni. Au pire, ils se mettront à faire la même chose, le surrégime entraînant le surrégime. Pas plus vite on a dit.

Un conseil : arrêtez de vous comparer aux autres et pensez à vous. Il y aura toujours plus rapide, et souvent il y aura aussi plus lent. Calculez votre VMA et tenez-vous y : vous effectuerez bien plus de progrès. C’est avant tout un combat contre vous-même alors ne cherchez pas à aller plus vite que la musique ! Comme l’a dit un article très sérieux de nos amis de « Jolie Foulée », on est toujours le nul d’un autre.

  • Ce que vous pensez que ça vous apporte

On l’a dit, vous vous sentez fort, « en cannes », supérieur. Vous pensez avoir progressé et être sur une pente ascendante à tendance exponentielle. Minute papillon. En réalité, en ne travaillant pas sur vos allures cibles, vous vous faites du mal, à la fois moralement et physiquement. Votre corps n’est pas prêt à supporter ces allures si rapides et cette sur-addition incompréhensible des séances après plusieurs semaines de coupure. L’histoire nous l’a montré : combien de masters ne reviennent-ils pas la fleur au fusil fin août, prêts à « en mettre partout » sur les courses de rentrée, et qui terminent le mois d’octobre avec une double tendinite assortie d’une periostite et d’un essuie-glace ? Ne faites pas comme eux ! 

Moralement enfin, aller trop vite et en faire trop trop tôt vous pénalisera à terme. Quand vous pop cornerez sur votre première course et verrez vos partenaires habituellement derrière à l’entraînement vous dépasser. Vous vous direz alors que c’est un sport de merde qui ne vous apporte rien.

  • Ce que ça vous apporte vraiment

En réalité, si surrégimer de la sorte ne vous apporte rien, votre motivation de départ qui vous pousse à vous entraîner dur pour réaliser vos objectifs est elle, bénéfique. Ne la perdez pas ! Canalisez votre envie d’en mettre partout et d’éparpiller tout le monde, et gardez-la pour les moments vraiment décisifs. Soyez méthodiques. Au pire on vous accorde le droit de gicler sévèrement sur la dernière répétition de la dernière série. Mais c’est tout. PAS PLUSSSSS.

  • Comment guérir ? 

Lire cet article et vous rendre compte que quelque chose ne va pas si vous êtes touché est un premier pas vers la rédemption. Vous n’êtes pas perdu. Ensuite, allez-y pas à pas. Commencez par imprimer le plan d’entraînement fait par votre coach et tenez-vous y à la lettre. Arrêtez d’en rajouter. Essayez tant que possible de rester au sein du groupe lors des footings et de discuter un tant soit peu avec vos partenaires. Déconnectez aussi de Strava quelques semaines si vous jugez cela nécessaire. Enlevez la page « Base athlé FFA » de vos favoris. Ne suivez pas l’exemple du TRC qui sont pour certains des cascadeurs professionnels.

Partagez cet article autour de vous. Ce syndrome est encore méconnu et les médecins peinent à soigner les malades. Si vous jugez que ceci ne vous concerne pas, demandez-vous bien si vous connaissez quelqu’un autour de vous qui est atteint. Il y en a forcément un. Si ce n’est pas le cas : inquiétez-vous, vous êtes sans doute atteint vous-même. 

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