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Ode à la piste (d’athlétisme), par Peter Gicleur

Il était temps que les beaux jours reviennent. On ne sait pas pour vous, mais franchement, nous, on avait très hâte de rechausser les pointes et de revenir à l’athlétisme, le vrai, celui qui se court autour d’une piste. Celui où les seuillards retrouvent les gicleurs, les sauteurs en longueur, en hauteur, les lanceurs et les chronomètres électriques. Aujourd’hui, la question « Tu as fait quelle PLACE ? » n’a presque plus de sens et est supplantée par « C’est quoi ton CHRONO ? » et sincèrement ça nous fait du bien. L’athlétisme c’est avant tout ça : le tartan, l’odeur d’herbe coupée, les interclubs, les chambres d’appels, les starting-blocks, les fosses de steeple et la communion de tout un club. Après un hiver des plus rudes, il s’agit désormais d’aller vite, très vite et de réduire le nombre de kilomètres parcourus sur Strava. Afin de vous décrire à quel point cette saison estivale va être magnifique, nous avons rencontré un amoureux de la piste, un pur, un dur : Peter Gicleur.

« J’ai quitté la boue pour le tartan, en seuillant« 

Enfin. Enfin, nous y voilà. J’ai rongé mon frein tout l’hiver, moi Peter Gicleur, le coureur de 400m, mais l’heure est venue pour moi de revenir dans la lumière. Comme l’énonce la fable du Sabot et de la Fourmi : « Quand la bise s’en fut allée, le seuilard vint voir le pistard, quémandant conseils pour accroître sa vitesse. Le gicleur, bien arrogant lui répondit « Vous caissiez, j’en suis fort aise ! Eh bien, giclez maintenant ! » » J’ai fait de cette maxime ma philosophie de vie.

Perverti par mon cousin Richard (NDLR : Seuillard, le mec qui a fait les France de cross et qui fait croire à toutes les femmes en boite de nuit qu’il est en EDF, alors qu’il est juste électricien), j’ai passé la saison froide à m’enquiller de longues séances dont le seul but était d’augmenter mon kilométrage Strava, mon volume, ma CAISSE (Dieu que je hais ce mot). Personnellement, je fais de l’athlé pour les courses qui ont lieu sur un stade, pour faire comme ces athlètes que j’idolâtre chaque mois d’août en me délectant des vociférations de Patrick Montel sur France Télévision, une bière à la main, les yeux rivés sur le petit écran. Je fais de l’athlé pour dire que je fais le même sport que Pierre-Ambroise Bosse et frimer un peu auprès de mes collègues en sortant mes pointes en carbone dernier cri dans l’open-space.

Parce qu’on ne va pas se mentir, quand on dit qu’on fait du cross-country on ne fait pas rêver grand monde, et ne parlons même pas de course sur route, au risque qu’on me demande encore si j’ai déjà fait un marathon. Non mais sérieusement, la seule image qu’a le grand public de cette discipline c’est le cross du collège de Ploudiry autour du stade de foot, une paire de pointes usées et trop grandes prêtées par le prof d’EPS et une boue immonde collée aux mollets toute l’après-midi. Vous avouerez que ce n’est pas vendeur.

Un ange de Victoria’s Seuilcret

Mais, persuadé par mon cousin et ses amis seuillards, je m’y suis remis cet hiver, avec le doux espoir que cela me permettrait d’améliorer mes chronos plus que moyens l’été venu. Et puis, je n’allais quand même pas m’entraîner tout seul.

Ce qui est difficile pour quelqu’un qui aime l’athlétisme sur piste comme moi, c’est que la période estivale dure à peu près deux fois moins de temps que la saison hivernale. C’est-à-dire que pour trois mois de séances de lactique en pointes sur un tartan ensoleillé, je dois me payer plus de six mois de sorties longues de nuit, de séances de seuil dans le froid et surtout d’atroces séances de VMA sur une piste rendue glissante par la pluie incessante. Tout ça dans l’unique but de faire une obscure place dans la seconde partie du classement à chaque cross, bave aux lèvres et boue jusqu’aux genoux, en maudissant à chaque mètre parcouru ce sport que j’aime et hait à la fois. Quand Richard se qualifiait on ne sait comment aux championnats de France, je terminais ma saison dans l’anonymat d’une élimination aux interrégionaux (un miracle que je sois déjà allé aussi loin), où mon unique objectif était de faire mieux que le premier temps féminin. Accoudé contre une barrière à l’arrivée de ce chemin de croix, je pensais en suffoquant à la douceur des meetings estivaux, qui, enfin ne tarderaient pas à revenir.

Comme Richard, je suis loin d’être un vrai champion : je ne dépasserai sans doute pas à nouveau les championnats interrégionaux sur piste, et encore… Mais là au moins, je n’aurai pas à souffrir plus de quelques minutes. Un effort intense mais court, je préfère ça à une douleur s’étirant sur des kilomètres de chemins tous plus sinueux les uns que les autres.

Contre cette barrière je me prends ainsi à rêver d’interclubs, d’une cloche qui sonne le dernier tour, de starting-blocks… J’idéalise sans doute un peu trop. Car en effet, alors que les premiers signes du printemps font leur apparition et que je ressors du placard mes pointes légères, les premières séances dites « de lactique », ont tôt fait de me rappeler que ce sport demeure un sport de tarés. Allongé sur le terrain de rugby jouxtant le premier couloir, pris de maux de ventre, de tête et de douleurs incessantes dans les cuisses (pour ne pas dire que j’ai mal au cul), le goût du sang dans la bouche, je me rappelle soudain de la violence qu’implique les courses se déroulant autour d’un stade. Je me prends presque à regretter les 3x3000m courus en paix le mardi soir, où aucune de ces douleurs n’existait. D’autant plus qu’en regardant le chrono de mes 200m que je suis censé avoir couru « à bloc » je me rends compte que diantre, je n’avance plus un c*l… Comment diable faisais-je pour tenir ces allures sur plus d’un tour de piste l’an passé, alors qu’aujourd’hui je suis prêt à rendre l’âme au bout d’une répétition ?

Offert au lactique

A l’heure actuelle, je n’ai toujours pas retrouvé le (déjà faible) niveau que j’avais la saison passée. Les premières compétitions approchent et je me doute que je risque de prendre un éclat, d’autant plus quand je vois ces affreux messieurs du TRC qui sont déjà à bloc avec leur stage intensif. Mais bon, il fait beau et je peux sortir du bureau avec mon débardeur sur les épaules, laissant apparaître les demis-pecs que je me suis attaché à entretenir tout l’hiver en faisant 30 pompes par jour (enfin presque), et ça, ça suffit à me plaire.

Danger au couloir 1 : un tractopelle a par mégarde décroché sa remorque

Le soleil est là, les oiseaux chantent, les combinards se mettent torse nu, bref, c’est enfin l’été.

 

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