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Manifeste : Arrêtons de glorifier les courses à saucisson

« Tu veux une médaille ? » – Le cancer du syndrome du finisher qui fait mal à l’athlétisme.

Ça en devient pénible. Il y a quelques jours se tenaient les championnats de Bretagne du 3000m en salle, dans le magnifique nouveau complexe rennais Robert Poirier. Au départ de cette course, se tenaient la plupart des meilleurs athlètes régionaux de la discipline. Certains comme Maël Sicot, l’athlète au bandana du Tempo Run Club, finaliste des championnats de France Elite en juillet dernier, avaient même un niveau national. Yakoub Delhoum, Simon Gragnic, Fabien Prigent, Romain Garrivier, de nombreux athlètes, et pas les plus lents, coureurs du TRC avaient décidé de troquer leurs pointes de 15 et la boue collante des parcours de cross, pour le tartan soyeux et la chaleur de la salle rennaise. Cette course, diffusé en live par nos soins, n’a pourtant pas fait l’objet de la moindre ligne dans les médias locaux le lendemain, ces derniers ayant préféré narrer (l’honorable cela dit) 5ème place d’un coureur du club des Cochonnats à un 7km hors-stade. Ce n’est malheureusement pas la première fois que l’athlétisme est évincé des pages des quotidiens locaux par de la course sur route.

Loin de nous l’idée de critiquer qui que ce soit faisant de la course à pied, ou n’importe quel sport d’ailleurs. Au contraire, le TRC a été créé pour entre autres encourager la pratique sportive sous toutes ses formes. Mais nous sommes fatigués, usés, dérangés que notre sport ne soit pas reconnu à sa juste valeur. La plupart des coureurs que vous voyez s’aligner sur des épreuves de piste, de cross ou de salle trusteraient les premières places des moindres courses de clocher qui s’organisent chaque week-end. L’époque actuelle qui glorifie la distance, et pourtant dieu sait que le TRC aime le seuil, a finalement transformé la façon dont nous percevons le mérite et le fait de récompenser une performance sportive. Nous sommes passés d’une époque où nous félicitions celui qui courait le plus vite à un temps où nous dressons des éloges à celui qui court le plus longtemps. Ce constat, que nous appellerons « syndrome du finisher » gangrène malheureusement tout l’athlétisme français. La devise Olympique est « Plus haut, plus vite, plus loin », pas « Plus long ». Aujourd’hui un athlète français en moins de 1’50 au 800 peut se trouver dans une situation précaire, démuni de sponsor. Dans le même temps, un coureur s’entraînant trois fois par semaine et réalisant 36’ au 10km peut se retrouver équipé de la tête aux pieds à peu voire pas de frais. Une fois encore, loin de nous l’idée de critiquer les performances du dernier cité, nous voulons juste dire que les efforts ne sont pas toujours récompensés à leur juste valeur.

 

Nous avons récemment publié une image sur notre page Facebook qui a fait réagir beaucoup d’entre vous. Nous critiquions le fait que lorsque certains athlètes reviennent d’une course relevée, un championnat de France par exemple, leurs collègues non-initiés à l’amour du seuil pouvaient critiquer leur « honorable TOP 100 » et dans le même temps s’extasier sur les 6h15 de Patrick au marathon du Médoc et au 8,7km Trail de la vache folle réalisé par Richard. « Ah oui mais toi tu ne cours QUE 3000m, Sandrine elle elle fait des semi-marathons ! ». Nous sommes certains que vous avez vous aussi été victimes de ce genre de phrase des plus dérangeantes. On ne peut pas leur en vouloir cela dit, car ils ne connaissent pas bien notre sport. Ce que nous critiquons par contre, c’est que les pages sport d’un quotidien local ne fassent pas la moindre mention d’un coureur qui vient de réaliser 8’27 en salle sur 3000m.

 

Des athlètes pétris de talent, la France en regorge. Mais on ne leur donne souvent pas la possibilité ou les moyens de s’entraîner. Combien d’entre vous éprouvent les pires difficultés à aller s’entraîner du fait de leur emploi ? Une part de la culture sportive française, celle-là même qui a transformé la devise de Coubertin en un slogan paresseux, empêche aujourd’hui nos athlètes les plus doués d’accéder aux installations et aux soutiens techniques et financiers qu’ils méritent. Les médias, mais aussi l’éducation en sont responsables. Comment expliquer qu’à la seule épreuve d’athlétisme présente au baccalauréat (NDLR : le 3x500m, une distance même pas officielle), une part de la note soit attribuée sur le fait d’ « annoncer son chrono » avant le départ ? Comment expliquer que le fait d’aller plus vite que prévu soit pénalisé ? Cette absurdité est de la même veine que celle dont nous parlions plus haut. Est-ce ainsi que nous souhaitons briller dans six ans aux Jeux Olympiques de Paris ?

Il est grand temps de réhabiliter les athlètes.

 

Vive le seuil, la giclette et l’athlétisme.

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