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Le triste bilan de Doha 2019

Alors que les mondiaux d’athlétisme se clôturent, il est déjà l’heure de tirer un premier bilan, à la fois général et national, sur cette édition 2019. Comme vous le savez, au TRC nous sommes des passionnés, des fans, et si l’on essaye le plus souvent de faire rire, nous pensons qu’il est parfois de notre devoir de faire réagir.

Une parodie de championnats

On va commencer par le plus évident : organiser des championnats d’athlétisme au Qatar, ce n’est pas une bonne idée. Les intérêts ne sont bien entendu pas sportifs : courir sous une chaleur de plomb, avec un taux d’humidité élevé, ce n’est bien sûr pas propice aux performances… et encore moins écologiques (nous ne voulons même pas connaître le détail de l’énergie consommée pour climatiser les stades…) sont-ils pour autant sociaux ? 

On pourrait en effet se dire qu’organiser une compétition internationale dans un pays qui n’a jamais connu pareil événement est un bon moyen de développer la fibre athlétique et de favoriser la pratique sportive. On pourrait. Évidemment il n’en est rien. Les sportifs Qataris seront dans les années à venir, comme au hand, comme au foot, dans l’écrasante majorité des étrangers nationalisés, qui n’auront ni été formés ni entraînés au Qatar (exception faite de Barshim à la hauteur). On a un peu l’impression d’enfoncer une porte ouverte mais tant qu’on y est, allons-y : l’unique logique derrière l’organisation de ces championnats dans un pays qui n’a :

  • ni vraie culture athlétique
  • ni réelle passion pour le sport en général 

; et qui de part son climat n’est vraisemblablement pas à même d’accueillir des épreuves qui requièrent un effort physique important, est une logique uniquement financière. 

Au delà de stades vides et d’une ambiance à des années lumières de celle qui avait pu exister à Londres en 2017, le reproche que nous ferons aux instances internationales qui ont permis cela est la mise en danger des athlètes et le mépris de toute considération écologique. On peut se réjouir que les compétitions qui se sont déroulées en dehors de la climatisation du stade n’aient donné lieu qu’à des abandons et pas à des problèmes de santé plus graves… Quant aux athlètes qui étaient dans l’arène, on ne pense pas qu’un air frais artificiel diffusé en permanence soit réellement quelque chose d’agréable pour eux… 

Bref, pour résumer, à part les présentations sons et lumières dignes du Super Bowl, qui donnent un côté « paillettes » qui pourra séduire de nouveaux téléspectateurs, il ne faut selon nous pas garder grand chose de ces championnats…

Un bilan français dont on ne peut se satisfaire

Place maintenant au coeur du sujet : le bilan français. L’amertume que l’on ressent en pensant à Doha n’est pas seulement liée aux places vides dans les tribunes… Elle est également très liée au tableau des médailles, bien maigre. Les championnats se terminent avec deux médailles. Une au marteau et une au 110 haies. Bravo à Bigot et PML d’ailleurs, qui sauvent l’honneur. 

Bien entendu, il y a des circonstances atténuantes : Mayer se blesse, PAB n’était pas dans la forme de sa vie, Lavillenie vieillit… etc. 

Mais cela ne peut pas suffire à expliquer ce résultat, qu’on peut réellement qualifier de fiasco. Ce qui est embêtant, c’est qu’on n’observe pas de constance championnat après championnat. Le relai, seule véritable épreuve où la France pouvait, de part son passé, se targuer d’avoir une « fibre » particulière, une « French touch », se solde par un passage de témoin raté. La réalité c’est qu’il n’y a pas de réelle discipline où la France peut affirmer qu’elle excelle année après année, comme la Jamaïque au sprint ou l’Ethiopie sur les courses de fond (NDLR : ces exemples sont évidents mais vous permettent de cerner l’idée du propos)

On en vient même à se demander si nos succès passés ne sont pas finalement des « accidents », au sens où notre pays a eu la chance de voir naître en son sein un athlète exceptionnel, un extra-terrestre, un cas unique et isolé, là où d’autres nations parviennent à faire éclore, saison après saison, de nouveaux talents avec un rythme de métronome. 

Un Kevin Mayer au décathlon, un Lavillenie à la perche, un Bosse au 800… Autant d’exceptions qui ne confirment aucune règle : la France n’est reconnue comme spécialiste d’aucune discipline. Nous sommes un pays capable de sortir à intervalles réguliers ou semi-réguliers des athlètes en posture de devenir les meilleurs mondiaux. C’est tout. Les succès de ces athlètes semblent plus dus à leur talent intrinsèque qu’à une véritable filière de formation…

Paris 2024 : quelle stratégie pour l’athlétisme français ?

Alors que faire et à qui la faute ? Nous ne sommes pas là pour jeter la pierre et nous n’avons pas de réponse absolue à apporter. Est-ce la faute des athlètes ? Des formateurs ? Nous ne pensons pas que ce soit le cas. Notre pays dispose de formateurs et d’entraîneurs de qualité, nous l’avons montré par le passé et continuons à le démontrer. Non, le vrai problème vient selon nous des moyens que l’on se donne pour réussir. Et par moyens, nous parlons de temps et de financements. 

On rejoint ici le papier que nous avions publié il y a presque deux ans. Mais depuis qu’est-ce qui a changé ? Nous avons obtenu les Jeux 2024, mais que faisons-nous pour les préparer ? On lit actuellement sur Twitter certains énervés s’offusquer que l’INSEP reçoive des subventions pour « si peu » (on cite) de résultats. Mais nous pensons justement que c’est l’inverse ! Combien d’athlètes de talent ne bénéficient pas aujourd’hui du suivi adéquat, du temps nécessaire pour s’entraîner, des infrastructures primordiales pour obtenir des résultats ? Une structure comme l’INSEP, unique en France, il y en a une dans quasiment chaque université américaine. Pour comparer ce qui est comparable, regardons outre-Manche : le sport universitaire britannique est développé, les sportifs sont accompagnés, reçoivent une bourse, peuvent se consacrer autant à leur sport qu’à leurs études et n’ont pas à « choisir » comme c’est trop souvent le cas dans notre pays. Combien d’athlètes de talent doivent aujourd’hui cumuler leur entraînement avec un job « alimentaire », ou ne franchisse jamais la barrière qui les sépare du plus haut niveau mondial faute de moyens ?

Les athlètes ne sont pas assez aidés et trop souvent livrés à eux-mêmes. Ce temps perdu, cette énergie dépensée de façon inutile, tout cela se retrouve dans nos résultats. Cela n’est pas du à la malchance. 

Dans cinq ans nous accueillerons les Jeux, et il est possible qu’on se retrouve à nouveau avec deux médailles. Pas parce que nous ne disposons pas d’un vivier de talents, au contraire, mais parce que nous n’avons ni la mentalité, ni la volonté au niveau des plus hautes instances dirigeantes pour l’exploiter. Ni les coachs, ni les athlètes, à part quelques exceptions, n’ont les mains libres pour exercer leur plein potentiel. On en vient donc à se satisfaire de performances de niveau national, à la limite continentales mais jamais mondiales. On en vient à être moins exigeants. On se cherche des excuses en se disant qu’on prépare la prochaine compétition. Ce n’est pas le cas des autres pays peut-être ? Quelle meilleure préparation pour être champion Olympique qu’être champion du monde ? Arrêtons de nous mentir.

Cessons de nous cacher derrière de fausses excuses et de fausses bonnes intentions et acceptons la réalité : nous disposons d’athlètes talentueux mais nous ne nous donnons pas les moyens de nos ambitions (si tant est que nous en ayons vraiment). Nous avons la chance d’avoir une jeune génération motivée, avec d’excellents résultats en catégories jeunes, particulièrement en demi-fond. Nous sommes persuadés que parmi ces athlètes, plusieurs peuvent prétendre à monter sur un podium à Paris.

Dans cinq ans nous accueillerons la plus prestigieuse des compétitions. Il est temps qu’on retrouve d’ici là une vraie culture de la gagne et pour ça, donnons les moyens et le temps aux coaches et aux athlètes de sortir leurs babines. 

Allez la France.

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