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Le seuil est-il une drogue ?

Le seuil (plus communément appelé course à pied) est-il une drogue ?

 

En cette période de fêtes, où repas copieux succèdent à apéritifs immodérés et réunions familiales interminables, l’écrasante majorité des personnes se contente de vaquer sur leurs canapés entre deux réveillons, tisane à la main et télécommande dans l’autre. On ne saurait leur donner tort, car après tout en regardant le climat souvent peu accommodant régnant à l’extérieur, un savant mélange de pluie fine et de vent glacial, ne donne pas envie de mettre le nez dehors.

 

Pourtant, un certain nombre d’énergumènes semble prendre plaisir à passer cette période de fêtes la fraise (NDLR : nom donné à leur nez rougi par le froid) à l’air libre, haletant sous l’effort quotidien de courses à pied effrénées. Oui nous parlons bel et bien des coureurs à pied, et plus particulièrement des seuillards, à qui la moindre vue d’une salle chauffée, contiendrait-elle même du tartan, file une peur bleue.

Le seuillard, personnage que nous n’avons eu de cesse de décrire et d’analyser depuis deux ans, est ainsi convaincu que le moment des fêtes n’est pas fait pour profiter de sa famille, encore moins se reposer ou déguster du foie gras. Au contraire, cette période chômée est pour lui propice à augmenter son volume kilométrique, et intensifier ses séances d’entraînement.

Sa phrase est toujours la même « c’est maintenant que la saison se prépare ! » (NDLR : une phrase déjà entendue à la fin de l’été, au milieu de l’automne et qui sera répétée aux abords du printemps), sorte de maxime quasi évangélique. Cette dernière expliquera son comportement peu commun et presque maniaque, à la limite de l’obsession, l’éloignant de sa famille pour retrouver ses camarades d’entraînement, et le poussant à ne demander pour seuls cadeaux que des chaussures de running ou autres ceintures cardio qui ne lui seront d’aucune utilité.

Il faut se rendre à l’évidence : les signes ne trompent pas, le seuil est une drogue et le seuillard est un danger pour lui et pour les autres. Cela est d’autant plus vrai à cette période de l’année où il est très courant de voir un coureur céder aux sirènes du surrégime… Les uns après les autres, poussés par une lubie irrationnelle, ils iront se priver de fruits de mer et doubler voire même tripler leurs sorties quotidiennes, allongeant un peu plus la distance, cherchant tant bien que mal « la course la plus longue »

En plein cœur de l’hiver, après de longs mois d’entraînement, le risque de perdre de pied et de sombrer dans une dépendance athlétique est grand. La proximité des échéances annuelles, les championnats régionaux et nationaux, noie ces athlètes dans une anxiété des plus dangereuses. Ne les laissez pas seuls : le seuil tue.

 

Le seuil tue

 

Et cela devrait être écrit sur les cartons de Pegasus.

On n’aura de cesse de le répéter : cette pratique réalisée à haute dose est particulièrement dangereuse pour la santé, mentale et physique, des individus qui la pratique.

Physique d’abord : le volume inconsidéré de kilomètres engloutis aura un effet dramatique sur votre corpulence, vous rendant maigre au delà du raisonnable. Combien de seuillards ont été suspectés par leurs proches d’anorexie… Car en plus d’un exercice cardiaque ultra consommateur de calories, le seuillard drogué s’assigne à une diététique drastique. Lors du réveillon, si certains d’entre vous mangent avec des personnes qu’ils suspectent d’être victimes d’une addiction à la course à pied, surveillez leur régime alimentaire. Vous les verrez troquer la dinde pour du boudin noir, les pommes au four pour des graines et la bûche pour du chocolat noir intense 90% MINIMUM. Ne croyez pas qu’ils en retirent un quelconque plaisir : ils ne pensent en réalité qu’à leur séance du lendemain. Possédés.

Si vous en voyez certains se précipiter vers leur garage pour chausser leurs runnings en lendemain de fêtes, réagissez : ne les laissez pas s’enfoncer dans une dépendance qui ne les mènera nulle part.

Car en effet les conséquences peuvent s’avérer cataclysmiques. Anémie, fatigue chronique… Surveillez les mots « j’ai un coup de bambou », souvent révélateur d’un surrégime athlétique. Ces seuillards s’exposent à des séjours hospitaliers prolongés.

 

Mais les risques concernent aussi la santé mentale. Les seuillards, obnubilés par leur entraînement, ne penseront qu’au nombre de séances réalisées et aux chronos effectués. Leurs temps de passage sont leur priorité : ils passent avant tout, famille, travail, amis… Les plus accros vont parfois jusqu’à se déscolariser ou quitter leur emploi dans le simple but de parfaire leur plan d’entraînement en ajoutant des plages de repos et des séances supplémentaires. Glaçant.

Insupportables avec leurs proches, parfois avec leurs coéquipiers quand ils les battent, ils perdent tout sens commun. Ils ont déjà couru un semi le matin ? Ils reenchainent par une séance VMA l’après midi pour « travailler sur la fatigue »… Le seuil (plus communément appelé course à pied) est-il une drogue ?

De jour comme de nuit, allant parfois jusqu’à faire des tours de jardin quand nul autre terrain d’entraînement n’est disponible. C’est une véritable dépendance.

Photo modifiée

Interrogé, un athlète connu en Bretagne que nous appellerons « Roman Girravier » s’est expliqué sur cette addiction à la course à pied : « Cela m’est venu petit à petit. Au début je voulais juste progresser donc je suis allé m’entraîner tous les jours, un peu plus vite. Et puis petit à petit j’y ai pris goût et il m’en a fallu plus. J’ai commencé à doubler une fois par semaine, puis deux… J’ai fait attention à mon alimentation au point de partir en cure pendant mes vacances, ne mangeant qu’une poire en 7 jours. Je ne pensais qu’à m’affuter. Désormais je ne bois plus d’alcool, je me force à manger de la laitue le soir… Je crois bien que je suis accro »

Photo un peu modifiée

Dans la même veine, « Mayeul Socit » (NDLR : les noms et prénoms ont été anonymisés), autre athlète, s’entraîne aujourd’hui 3 fois par jour, s’astreignant à dormir à 20h et à parfois aller faire plusieurs sorties longues le même jour. Une semaine d’entraînement normale ne peut pas faire moins de 100km pour lui. L’exceptionnel est devenu banal. L’addiction elle est réelle et influence leurs coéquipiers. « Victor Kermadec » affirme ainsi « Je ne fais pas assez de kilomètres je le vois bien sur Strava. J’ai parfois songé à tout arrêter pour m’y consacrer entièrement même si je n’ai pas le niveau. Parfois je me réveille en pleine nuit et je regarde mon plan d’entraînement. Je me sais malade, mais qu’y puis-je ? »

 

Ces personnes, en état extrême de dépendance à la course à pied, ont même choisi d’aller faire leur réveillon du nouvel an à Madrid pour y courir un 10km. Conscients de leur obsession, ils ne veulent pourtant pas guérir : « Finir l’année par une course il n’y a rien de plus beau. Le seuil ne m’a jamais abandonné, je n’abandonnerai jamais le seuil » déclare l’un d’eux, dans un élan presque mystique… Les dégâts psychologiques sont évidents. « Cela me permettra d’ajouter quelques kilomètres de plus à mon année 2018 sur Strava… »

 

Strava : l’appel au surrégime

 

Strava justement, parlons-en. Méfiez-vous si on vous a offert une Garmin à Noël et qu’on vous a invité à rejoindre ce réseau… On ne vous veut pas forcément du bien. Car Strava, c’est la course à l’échalotte. Réunissez tous les seuillards dans un même endroit, donnez leur un récapitulatif de leurs séances, un compteur kilométrique, un CLASSEMENT du nombre de kilomètres parcourus… Vous obtenez potentiellement un nid à surrégime. Poussé par l’envie d’impressionner le voisin, de lui montrer ce qu’on a dans le coffre, on a tôt fait de multiplier les séances et d’intensifier les allures… Souvent au mépris de la performance. En effet la compétition n’a plus d’intérêt, seul le fait d’en « mettre partout en séance » et de les diffuser au monde entier sur Strava compte. Le danger est là, et est propre à notre siècle. Les surrégimés ont toujours existé, mais nous leur avons récemment créé une scène sur laquelle ils ont tout loisir de s’exhiber aux yeux des autres athlètes. Avec Internet et les réseaux sociaux, il est possible de faire l’étalage à tout le monde de sa forme du moment mais surtout d’en faire plus que prévu, plus que de raison, pour impressionner. Mais impressionner qui ? Qui à part soi-même ?

Le TRC : un exemple à ne pas suivre

En ce sens le TRC n’est pas un exemple à suivre. En 2018, ils auront tous à un moment ou à un autre, fauté par surrégime.

Ce soir, ils s’envoleront une dernière fois pour un 10km madrilène préparé de façon chaotique. Pour quel résultat ?

Réponse l’année prochaine (NDLR : désolé pour la blague)

Bonne année 2019 à tous, beaucoup de seuil et de giclettes à venir

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