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Beurnes out : ou comment j’ai été dégouté de la course à pied

Abou Deforce était un coureur comme les autres… Et puis un jour il a craqué. Découvrez ce phénomène de plus en plus commun chez les coureurs à pied qui en font trop et dont le mental lâche… On appelle ce syndrome le Beurnes-Out. Portrait d’un écorché-vif.

« J’ai toujours adoré le sport. Depuis tout petit. Le regarder, mais surtout le pratiquer : je viens d’une famille de sportifs, chez nous c’est une vraie religion, le principal sujet de discussion des repas du dimanche midi. Mon truc, c’est la course à pied, comme mes parents. La plupart de mon entourage est composé d’athlètes, c’est avec eux que je passe le plus clair de mon temps, de mes week-ends, de mes soirées, de mes sorties. Ma passion pour la course à pied et ma vie sociale sont étroitement liées.

Nous n’aurons de cesse de le répéter

Je me considère comme un sportif régulier, mais certaines personnes, en particulier des collègues de travail, me perçoivent comme un forcené de l’entraînement.

Pendant des années, j’ai en effet couru presque tous les jours, au minimum 5 fois par semaine, pour un kilométrage moyen oscillant entre 50 et 70km hebdomadaires. Beaucoup d’entre vous, lecteurs assidus TRC, un média que je suis depuis quelques temps déjà et que je connais bien, me diront que c’est peu. Vous n’avez pas tort. Pour une grande majorité, pour un « seuillard » de compétition c’est la dose minimale, sans compter les séances de vélo pour « agrandir le coffre ». Ca ne pèse pas lourd au tableau de la borne. Pour le français moyen, sportif amateur lambda, c’est cependant énorme. Une étude non officielle obscure trouvée au moyen d’un moteur de recherche commençant par la lettre G, a démontré que 5% de la population française courait un 10km en moins de 36 minutes. Pensez-y la prochaine fois que vous vous demanderez combien vous « valez au 10 beuuuurnes ». J’étais donc, pour beaucoup, un sportif accompli. Pas de haut niveau, entendez-moi bien.

J’ai assez vite remarqué que pour améliorer mes performances, augmenter la dose de travail était bénéfique. Plus je courais, plus je progressais, cela est logique : le travail paye. A un moment de ma vie j’ai bénéficié d’une période où je n’avais pas de réelle occupation ou d’autre objectif que de courir. Une chance me direz-vous. Sans relâche pendant plusieurs mois je n’ai donc presque rien fait d’autre que de seuiller. J’ai commencé à surveiller mon alimentation (aussi parce que je ne sais pas cuisiner beaucoup de choses), et à observer des plages de repos définies. Peu à peu j’ai organisé ma vie autour de la course à pied et bien entendu, les résultats sont arrivés. Beaucoup de choses m’ont en réalité permis d’améliorer mes performances mais à ce moment-là et jusqu’à peu je ne voyais que la borne comme réponse, comme solution miracle. A défaut d’avoir des qualités je compensais par de la quantité. Vous vous doutez que le bât a blessé au moment où mon capital temps a commencé à s’étioler, au moment où j’ai quitté mon pseudo chômage pour intégrer le monde du travail.

Je m’appelle Abou Deforce et j’ai été victime d’un beurnes out.

Bien entendu, je n’étais pas présent dimanche dernier aux championnats de France. Cela fait bien longtemps que j’ai été éliminé. À vrai dire je n’ai jamais été en lice.

Ce qui est le plus dur quand on court, ce n’est pas forcément l’entraînement quasi quotidien. Certes, c’est fatiguant, c’est usant, parfois quand il pleut et qu’il vente, on ne veut pas aller « tourner les cannes », mais on y va quand même car on est animé par quelque chose : l’espoir. L’objectif de la compétition et la perspective de « perfer » suffit à vaincre toute flemme et à motiver. La satisfaction une fois la séance effectuée est alors intrinsèquement liée aux espoirs fondés sur les chronos réalisés, souvent en surrégime, souvent trompeurs. (Ex : 54 de moyenne, 48 LE DERNIER) Ce qui fait mal ce n’est pas les sacrifices que l’on consent pour ce sport, les soirées annulées, l’alimentation surveillée, le temps passé… C’est de s’en rendre compte une fois la course terminée, après s’être pris en pleine face la dure réalité de la compétition, après avoir connu l’échec une fois encore. Car oui, le chrono et le classement ne mentent jamais.

Essayer de tout cumuler, entre exigences professionnelles et résultats sportifs, certains y arrivent très bien : pas moi. Et ce qui ne m’était encore jamais arrivé a fini par tomber comme un couperet : l’abandon en pleine course. Sentiment de dépit. Terrible. Honteux. Fuir le regard des autres, alors qu’en réalité c’est de soi qu’on cherche à s’éloigner. Il est très douloureux d’avouer aux autres qu’on a échoué, car il faut le dire à voix haute et donc rendre l’échec réel.

« Je me sentais sous l’eau »

Suite à cela, j’ai tout coupé. Pas de blessure physique mais une véritable fracture mentale. Un rejet de tout ce qui, de près ou de loin pouvait s’apparenter à de la course à pied. J’ai plusieurs fois eu envie de bazarder mes affaires, j’ai même utilisé mes Pegasus comme chaussures de ville. J’ai tout essayé pour désacraliser ce sport en disant que « cette fois-ci, on ne m’y reprendra plus. C’est vraiment terminé » Pendant plus d’une semaine je ne suis pas allé courir une seule fois. Mais ça ne m’a pas fait du bien. S’arrêter de courir ne suffit pas à résoudre le beurnes-out. Car en réalité on se trompe de mal : aux bons maux les bons remèdes. Le vrai problème dont j’ai souffert n’était pas un raz-le-bol de l’athlétisme. C’était que je m’étais trompé d’objectif. Le chrono et le classement sont bien entendu importants, mais ils ne doivent pas être uniques ni même essentiels à la prise de plaisir dans ce sport. Pendant des mois je me suis focalisé sur les mauvaises choses. Je ne pensais que résultat, et je craignais d’échouer, de fait je ne suivais pas le bon chemin.

L’important n’est pas là. Être le premier, battre son record, le bonheur tiré de la pratique de la course à pied n’est pas seulement là. Bien entendu c’est important, c’est le but final, il ne faut pas aller à une compétition en dilettante, je ne prônerai jamais cela. Mais ce n’est pas uniquement pour ça que l’on se lève le dimanche matin plutôt que de rester chômer. Rappelez-vous cette citation du philosophe Pascal Dupraz :

« ALORS D’ACCORD C’EST PAS L’PLUS IMPORTANT. LE PLUS IMPORTANT, C’EST-CE QUE L’ON VA VOIR MAINTENANT. PARCE QUE LÀ POUR SÛR, C’EST DES GENS QUI VOUS AIMENT ! »

C’EST DES GENS QUI VOUS AIMENT

Oui, le plus important, c’est que quelle que soit l’issue vous retrouviez vos camarades, vos amis, en sueur, à la tente du club, autour d’un trajet en car, d’une soirée au bar, que vous ayez envie de vous lever parce que vous savez que vous les retrouverez sur le stade et que vous passerez un bon moment. Que l’espace d’une séance vous échapperez aux tourments de votre quotidien. Quelle que soit l’issue. A TORT OU A RAISON comme disait Bob Tahri. C’est là l’important. Et c’est de là que vous puiserez votre motivation pour vous sortir vos foutues babines dans les derniers cent mètres.

C’est ainsi que je suis sorti de ce beurnes out, et que petit à petit je m’y remets.

Enfin bref, tout ça pour dire que de 70km semaine je suis passé à 90 et que j’ai rajouté du bike. JE MANQUE ENCORE DE CAISSE. »

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